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Quels sont les indicateurs de mesure des inégalités de revenus ?

Mesurer les inégalités 22 mai 2020

Comment s’y prendre pour mesurer les inégalités dans le domaine des revenus ? Un petit tour d’horizon des outils par Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.


Il existe plusieurs outils de mesure des inégalités de revenus, qui peuvent aboutir à des conclusions différentes. Pour essayer d’y voir plus clair, nous vous présentons ceux qui sont les plus utilisés.

L’outil le plus simple : la part du revenu disponible

L’outil le plus intuitif pour mesurer les inégalités de niveaux de vie est la part de l’ensemble des revenus que reçoit telle proportion de la population, et son évolution. Plus l’écart est grand entre la part des revenus perçue et la part de la population, plus les inégalités sont élevées : si 1 % de la population accapare la moitié des revenus, on a une mesure immédiate de la répartition. Pour cela, on observe le plus souvent ce que perçoivent les 1, 5 ou 10 % les plus aisés. C’est notamment le principal indicateur retenu dans les travaux du World Inequality Database (base de données mondiale sur les revenus et le patrimoine, www.wid.world) pour discuter des inégalités de revenus dans le monde. Cette mesure de la répartition ne permet d’observer qu’une partie de la question. Le plus souvent, elle sert à évaluer ce qui revient aux plus aisés. Pour appréhender les inégalités de manière plus complète, il faut pouvoir comparer ce que reçoivent les différentes tranches de revenu de la population, d’où la nécessité d’indicateurs plus complexes.

L’outil le plus utilisé : le rapport interdécile

Pour mesurer les inégalités, on utilise souvent un système de tranches : on classe les ménages en fonction de leurs revenus et on regarde combien gagnent les tranches supérieures par rapport aux tranches inférieures. Quand on découpe notre population en tranches de 10 %, on obtient ce que l’on appelle des « déciles » qui sont très souvent utilisés pour construire des indicateurs [1].

Le découpage en tranches de 10 % permet de rapporter le niveau de vie de la limite d’une tranche sur une autre. On appelle « D9 » le neuvième décile : 90 % gagnent moins, 10 % gagnent plus. Dit autrement, c’est le niveau de revenu qui sépare les 90 % du bas des 10 % du haut. « D1 » est le premier décile : 10 % gagnent moins, 90 % gagnent plus. Si on divise D9 par D1, on exprime le niveau de revenu minimum des 10 % les plus riches rapporté au revenu maximum des 10 % les plus pauvres. On appelle cet indicateur le « rapport interdécile ». C’est l’indicateur le plus souvent utilisé pour mesurer les inégalités de revenus. Il a un grand mérite, celui de sa relative simplicité.

L’outil ignoré : l’écart interdécile

On évoque bien plus rarement les inégalités absolues de revenus, c’est-à-dire la différence en euros entre les revenus des plus riches et ceux des plus pauvres. Pourtant, on peut calculer l’écart interdécile en soustrayant la valeur du premier décile au neuvième. L’outil a du sens : on consomme avec des euros et non avec des pourcentages. Quand on compare son niveau de vie (ou plus souvent son salaire) à un autre, on ne raisonne pas de façon relative (« je gagne 10 % de plus ») mais bien en euros (« je gagne 100 euros de plus »). L’écart des niveaux de vie est le mode le plus habituel de comparaison pour le commun des mortels, mais il n’est quasiment jamais publié ce qui est regrettable.

L’indice plus complexe : le coefficient de Gini

Le plus connu des indices complexes est le coefficient de Gini (inventé par Corrado Gini, un statisticien italien du début du XXe siècle). L’exercice consiste à comparer l’écart entre la répartition des revenus et une situation d’égalité (dans laquelle chaque fraction de la population reçoit une part égale de revenu). Plus l’indice de Gini est proche de zéro, plus on s’approche de l’égalité (tous les individus ont la même part du revenu). Plus il est proche de un, plus on est proche de l’inégalité (un seul individu reçoit tous les revenus). On peut ainsi faire un état des lieux de la répartition des revenus qui prend en compte ce que gagne chaque fraction et non simplement deux déciles : l’indice de Gini est sensible à toutes les évolutions dans la distribution des revenus au sein de la population.

Cet indicateur a malgré tout, lui aussi, des inconvénients. Il est en particulier moins simple à utiliser dans le débat public : dire que l’inégalité est passée de 0,22 à 0,26 n’est pas très parlant pour le commun des mortels. Comme les rapports ou les écarts interdéciles, il ne nous dit pas si les inégalités augmentent par le haut (les plus riches s’enrichissent) ou par le bas (les plus pauvres s’appauvrissent).

Le petit nouveau : le ratio de Palma

Un nouvel indicateur prometteur est passé inaperçu en France : le ratio de Palma, qui rapporte la masse du revenu national qui revient chaque année aux 10 % les plus aisés à celle que reçoivent les 40 % les plus pauvres. Il a été inventé en 2011 par Jose Gabriel Palma, un économiste chilien professeur émérite d’économie à l’université de Cambridge [2]. Depuis, il est utilisé notamment par la Banque mondiale et l’OCDE mais sa renommée internationale n’a pas encore débarqué dans l’Hexagone, ce qui est regrettable.

Pour construire le Palma, il faut d’abord mesurer quelle est la part du revenu national perçue chaque année par chacune des tranches de la population, classées de la moins aisée à la plus aisée : c’est-à-dire de 0 % à 10 %, de 10 % à 20 %, etc. Ensuite, on compare ce que reçoivent les 10 % les plus riches à ce que touchent l’ensemble des quatre premières tranches, les 40 % les plus pauvres, en faisant une division entre les deux pour obtenir son rapport. Cet indicateur nous permet de dire que les 10 % les plus riches touchent « X fois » ce que touchent les 40 % les plus pauvres.

Le Palma a un gros avantage sur le Gini, il est bien plus compréhensible et mesure directement le rapport entre ce que reçoivent les riches et les catégories populaires. Mais il a un inconvénient par rapport à son confrère : il ne tient pas compte de l’évolution de ce que reçoit la moitié de la population située entre les 40 % et les 10 %, c’est-à-dire les classes moyennes et aisées.

Conclusion

Tout outil de mesure des inégalités est une construction réalisée à partir de normes que se fixent les statisticiens. Faut-il en déduire que l’on peut faire dire ce que l’on veut aux chiffres ? Certainement pas, mais pour bien comprendre un phénomène social, il faut bien maîtriser les outils qui servent à le mesurer, leurs avantages comme leurs inconvénients. L’outil a bien une portée politique – parfois mal maîtrisée, mais c’est une autre histoire.

Photo / © José Manuel de Laà


[1Pour aller plus loin sur les déciles, il faut lire notre article « La mesure des inégalités : qu’est-ce qu’un décile ? À quoi ça sert ? ».

[2« Homogenous Middles versus Hetereogeneous Tails, and the End of the ‘’Inverted-U’’ : Its All About the Share of the Rich », Jose Gabriel Palma, Development and Change, n° 42, 2011.


Date de première rédaction le 29 août 2016.
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